Moldavie 2017

Affichages : 680

Article paru dans “la Sphère” de mai 2017 par Maryse Degallaix.

Un jour,  on nous a dit, lors d’une action d’Amis Sans Frontières  :
«en solidarité, réagir, c’est Français, être fidèle, c’est Amis Sans Frontières».

Alors oui, nous avons retrouvé la Moldavie “encore” cette année, ses enseignants, ses lycées avec enseignement de langues étrangères, ses écoles de campagne dans des villages où les étrangers ne se rendent pas. Comme partout, l’enseignement en Moldavie évolue. Dans un pays où le salaire est faible, tous les enseignants continuent le plus longtemps possible à enseigner. Maintenant, la législation tend à leur imposer l’arrêt à 60 ans. L’enseignement des langues étrangères suit aussi les directives européennes : 1re langue vivante 3 h par semaine. Cela peut être le français traditionnellement, ou l’anglais comme le suscitent l’usage répandu d’internet et l’attraction occidentale. Quoiqu’il en soit, en 4e, la 2e langue vivante sera enseignée, donc le français par exemple.

La semaine de la langue française et de la francophonie a été créée en 1995 à l’initiative du Ministère de la Culture et de la Communication. Elle permet de célébrer la langue française à travers de nombreuses manifestations auxquelles assistent Monsieur l’Ambassadeur de France et le directeur de l’Alliance française.
 
Pour la semaine de la francophonie qui est un évènement national, le lycée “Créanga” ouvrait les activités du district de Cahul par une réflexion sur la position du français dans le monde à partir de recherches et sur l’intérêt du français dans leur propre cursus scolaire à partir de leur témoignage. Les collègues moldaves ont développé une formule de travail qui permet l’intervention du plus grand nombre : le sujet est proposé à plusieurs établissements de plusieurs localités. Des délégués représentent leur lycée ou leur collège dans une restitution en table ronde.
C’est notre amie Lidia Comanici qui est le chef d’orchestre de cette ouverture qui commence en effet par les hymnes nationaux écoutés dans le plus grand respect, et se poursuit par l’écoute sur internet du discours de Mikaelle Jean, secrétaire mondiale de la Francophonie.
Vue la conviction avec laquelle ces jeunes veulent poursuivre et amplifier l’étude de la langue française que l’on comprend tout l’intérêt qu’ils portent à notre visite annuelle. Parler avec ‘’de vrais Français’’ comme ils se plaisent à le dire, leur est une très grande aide et leur confère un plaisir et une fierté non feints».

Mardi 21 mars, pour le printemps qui explose aimablement en Moldavie comme en France cette année ! plusieurs écoles de plusieurs villages du grand sud explorent la langue de Molière  et s’essaient au théâtre au lycée de Slobozia Mare. De jeunes talents se révèlent : le présentateur résume la pièce et situe l’extrait dans l’histoire. C’est ainsi qu’on applaudira  une scène du “Malade Imaginaire”, plusieurs de “l’Avare” qui obtient partout un franc succès et des extraits difficiles du “Bourgeois Gentilhomme” où il est justement question de la phonétique française, une gageure pour des francophones. Mme Elena Sterlea, proviseur du lycée accueillant, est une brillante et dynamique francophone !
Une surprise : une poursuite de la route jusqu’à la fin de la terre moldave. Mme Iulia Stanila, nouvelle inspectrice des langues étrangères de cette région, nous emmène à la double frontière avec la Roumanie à l’ouest, on voit le Danube qui s’éloigne, et avec l’Ukraine à l’est.

Un cadeau : nous avions vu des couches géologiques apparentes le long de cette route. Eléna, professeur à Valeni, répond à notre questionnement en organisant une randonnée jusqu’à des canyons inattendus, balade à travers champs, retournés en friches, et vignes abandonnées qui nous serrent le coeur. Jean Ferrat nous monte en mémoire : ils s’en allaient gagner leur vie loin du pays où ils sont nés,ils avaient tous l’âme bien née noueuse comme un pied de vigne, ..., le vin ne sera plus tiré ...il faisait des centenaires s’il ne vous tournait pas la tête ....
La nostalgie n’est pas de mise car les jeunes nous accompagnent. Elena  a évoqué cette possibilité de découverte nature, aussitôt, 2 collègues et une dizaine de jeunes ont répondu, «on vient, on veut parler à des vrais Français  !»  «Couvrez vous bien , il y a du vent là haut» nous conseille Vera, directrice adjointe. En effet chaque collégien porte un sac, bien gonflé. Ils sont bien obéissants me dis-je ! pas du tout !! Ils vont sortir des sacs une nappe, des gâteaux maison, des crèpes, des bouteilles de jus de fruit : un généreux goûter ! on partage, on parle, on chante l’hymne à la francophonie des ados “ENSEMBLE” de Célina Ramsauer, allez l’écouter sur youtube, un hymne à la richesse de la diversité, à l’espoir de vivre ensemble.

Mercredi au grand lycée Mihail Eminescu de Cahul, les élèves nous soulèvent avec l’hymne européen et nous retracent l’histoire de la construction de l ‘Europe et ses valeurs. On rêve...et on apprécie un excellent travail en français.

Jeudi, le jour des écoles campagnardes encore à Andrusul de Sus. Une table ronde joyeuse autour de la notion de portrait : qui suis-je? qui est mon village? Qui est mon école ? Que puis-je proposer pour améliorer cette école ? A chaque question, oral, écrit, production collective et présentation sont menées de main de maitre par Mme Angéla Macovei.
Vendredi 24 déjà ! Le lycée bilingue Voda de Cahul  organise la clôture  avec “dis-moi dix mots” !!! Si nous avons eu du mal à répondre à la proposition d’écriture dans “La Sphère”, les élèves moldaves et leurs enseignants ont sauté dessus à coeur joie ! Toute une étude de vocabulaire et une production collective fabuleuse, les enseignants en ont des ailes de satisfaction ! que du bonheur : on relie la tradition et le numérique, il n’y a plus de frontière, c’est dit en poésie, en chanson, en écriture sous nos yeux. L’équipe de Voda s’est surpassée ! Valeria Séverin et ses collègues peuvent être remerciées ! Courage, créativité, réussite !

Samedi 25, nous rejoignons Chisinau, la capitale et le “Festival de la chanson française”, 17e édition, de Mme Svetlana Manuil. Jeunes et professeurs se produisent avec conviction et reçoivent des prix selon leurs talents.

A titre personnel, notre mission a été soutenue et encadrée par l’amitié de nos amis Moldaves de longue date. M.Valeriu Baban que beaucoup de vous connaissent, nous attend, nous guide, nous réserve hébergement et déplacements. Il a changé de responsabilités, toujours au ministère de l’éducation, en charge de la direction des établissements, il est très sollicité. Mme Manuil assure notre retour à l’aéroport quelle que soit l’heure, et cette année c’était en pleine nuit. Qu’ils soient bien remerciés pour toute cette sollicitude et ce respect à notre égard.

D’un bout à l’autre de cette semaine dans le district de Cahul, nous avons entendu chanter la francophonie et les mots des Kids, cette année à l’honneur,  sont porteurs d’espoir plus que jamais :
« on écrit sur les murs des messages pour les jours à venir, la force de nos rêves pour que l’amour se lève un beau jour sur le monde endormi ....»

La paix commence par un sourire  ...
Nous souhaitons qu’on ne prenne pas ces mots comme des comptines.
Que les voix des enfants soient puissantes, entendues et mises en Vie !